L’Europe est là, elle agit, elle répond à l’urgence sanitaire et prépare la reprise économique.

Depuis un mois, notre délégation Renaissance a travaillé dur, au sein du groupe Renew Europe et avec divers Commissaires, Gouvernements et experts, pour répondre à l’urgence et préparer la reprise. Un bon nombre de mouvements et organisations européens, à commencer par l’UEF, ont d’ailleurs fortement soutenu notre approche qui, au début, n’était pas si simple à expliquer. Notre point de départ était très simple. Nous nous sommes confrontés à une urgence sanitaire sans précédent et à une crise économique profonde. C’est pourquoi il faut déployer tous les instruments dont nous disposons et en créer des nouveaux, très innovants. S’il est vrai que nous sommes en guerre contre la menace transnationale du Coronavirus, alors nous devons mettre en place et gérer tous ensemble une économie de guerre. Si nous voulons vraiment une renaissance européenne, nous devons nous projeter dans le monde de demain et ne pas rester prisonniers des débats du monde d’hier.

C’est pourquoi nous sommes convaincus que les initiatives déjà prises et que le travail de l’Eurogroupe constituent déjà un pas en avant très important. Il ne faut pas, en effet, “choisir” entre les différents instruments : il faut les mettre tous en place, simplement et rapidement.

Dans la perspective du sommet européen du 23 avril, un accord politique a déjà été trouvé sur certains de ces instruments : le Fonds européen d’intégration SURE (100 milliards), la décision de mettre à disposition sans conditions 37 milliards pour les régions , l’action de la Banque européenne d’investissement, qui mobilisera jusqu’à 200 milliards d’euros, les nouveaux achats de titres de la Banque centrale européenne (jusqu’à 900 milliards, soit 7,3% du PIB de la zone euro, avec lequel pour le seul mois de mars, la BCE a acheté 12 milliards de titres italiens et seulement 2 milliards de titres allemands…) et enfin l’utilisation du financement du mécanisme de stabilité européen/MES (qui a une capacité de 400 milliards) pour financer les dépenses de santé sans conditions (c’est-à-dire sans “troïka” pour le dire simplement).

Nous sommes convaincus que tous ces instruments doivent être pleinement exploités et que d’autres, plus innovants, doivent être créés pour répondre à la crise en mobilisant rapidement au moins 1500 milliards. C’est pourquoi nous avons proposé les “Recovery Bonds” émis par un “Recovery Fund”. Et nous sommes heureux que plusieurs gouvernements et certains Commissaires aient relancé et développé notre proposition initiale.

Un chemin difficile, encore plus compliqué par la façon dont les médias et les politiciens en ont débattu dans les différents pays. Pourquoi ? Parce que beaucoup ont débattu du monde d’hier au lieu de se projeter dans le monde de demain. D’une part, les “eurobonds” ont été relancés : une idée formidable, impliquant la mutualisation d’au moins une partie des dettes nationales existantes, liées à une Union politique, avec un budget de la zone euro, etc.

Le hic, c’est que la relance de ce débat a réactivé les divisions du monde d’hier, de la crise grecque, entre le Nord et le Sud, les cigales et les fourmis et d’autres stéréotypes encore moins agréables. Et nous n’avons pas le temps maintenant de nous enliser dans ce débat, nous devons agir, de manière innovante et efficace.

En Italie, donc, le débat absurde sur le MES continue alors qu’il peut et doit faire partie de la réponse (sous de nouvelles formes). Alors que ceux qui l’ont voté en 2010, les ineffables Matteo Salvini et Giorgia Meloni, l’agitent aujourd’hui comme si c’était le diable. Et ceux qui ont obtenu une bonne affaire, le gouvernement italien, disent qu’ils ne veulent pas l’utiliser. Lors de sa dernière conférence, Giuseppe Conte a fait le jeu de Salvini et Meloni, en disant qu’il ne veut pas du MES, même sous une forme nouvelle, contredisant ainsi la position défendue par l’Italie au sein de l’Eurogroupe. Nous en connaissons les raisons : mais le Premier ministre devrait penser à l’Italie et à l’Europe, et non aux maux de ventre du Mouvement 5 étoiles. Ils n’ont pas fait mieux en Allemagne et aux Pays-Bas, où beaucoup, dont les ministres Peter Altmeier et Wopke Hoekstra, les partis nationalistes, le journal Die Welt ont fait des déclarations à courte vue, stupides et offensantes.

Dans cette situation, nous avons essayé de proposer des solutions innovantes, de construire de nouvelles alliances et d’alimenter le débat dans les deux pays clés : l’Allemagne et les Pays-Bas.

C’est pourquoi, au risque de paraître tatillon, nous avons insisté dès le départ sur l’idée des Recovery Bonds et du Recovery Fund : contrairement aux Eurobonds, les Recovery Bonds n’impliquent pas de mutualisation de la dette : personne ne demande au contribuable allemand de payer la dette italienne. Au contraire, nous devons établir un plan de relance européen, identifier les objectifs communs et les investissements européens, établir les ressources supplémentaires nécessaires et les trouver par l’émission d’obligations européennes communes garanties par le budget de l’UE : c’est ça que sont les Recovery Bonds.

Il s’agit d’une proposition novatrice sur laquelle nous avons réuni pour la première fois le groupe “Renew Europe” et sur la base de laquelle nous espérons parvenir à un accord aussi large que possible avec les autres groupes politiques du Parlement européen le 16 avril. Cette proposition a été reformulée et défendue par le gouvernement français au sein de l’Eurogroupe et sur lequel les partis gouvernementaux néerlandais de notre groupe, comme D66, des hommes politiques comme Sophie in’t Veld ou Daniel Cohn Bendit, ainsi que beaucoup d’autres, ont alimenté le débat néerlandais et allemand. Sans parler des dettes de guerre allemandes, bref, mais en travaillant sur les nouveaux défis européens…

L’Eurogroupe a approuvé l’idée du Fonds de relance.

Il appartient maintenant au Parlement européen et au Conseil européen de donner leur avis sur le Fonds de relance.

Avant tout, les dirigeants européens doivent faire preuve d’avoir un sens de l’urgence et décider immédiatement “combien”, “quand” et “comment”. Combien : le Fonds de relance devrait nous permettre de trouver 1000 milliards de nouvelles ressources supplémentaires. Quand : dans quelques mois. Comment : en modifiant rapidement le budget de l’UE. C’est pourquoi nous sommes très satisfaits des positions prises par les commissaires Thierry Breton et Paolo Gentiloni. Mais maintenant, c’est la Commission dans son ensemble – et la Présidente Ursula Von der Leyen – qui doit prendre une position claire en faveur des Recovery Bonds et présenter d’urgence les changements budgétaires nécessaires. Vitesse : c’est le mot clé maintenant. Jusqu’à présent, nous avons fait un meilleur usage de l’Europe qui existe. Avec le Fonds de relance, nous devons commencer à construire l’Europe qui n’est pas là. Et ensuite, lancer la Conférence sur l’avenir de l’Europe proposée par Emmanuel Macron le 2 mars 2019 pour consacrer un nouveau pacte constitutionnel européen. Le marathon de la Renaissance européenne continue…