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‘Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise’

 

La crise actuelle nous pose divers défis économiques et sociétaux, dont l’impact réel sera encore révélé dans les mois à venir. En même temps, toute crise peut être bonne. Elle nous réveille, nous fait réfléchir, changer et finalement évoluer. Chaque crise implique des opportunités. Le plus important, c’est de les voir, de faire preuve de courage pour les saisir et de garder la confiance dans le succès de notre entreprise commune : une Europe plus forte et meilleure, porteuse de croissance, de prospérité et de solidarité.

En d’autres termes, comme l’a dit Churchill : “Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise”.  Que ne devrions-nous pas gaspiller maintenant ? De toute évidence, l’occasion d’agir ensemble. Pour accélérer la transition verte et numérique. Pour approfondir notre marché unique. Pour faire progresser l’économie circulaire ainsi qu’une production et une consommation plus durables. Rendre la base industrielle européenne plus résistante et renforcer l’autonomie stratégique européenne. Faire de l’Europe un leader mondial en matière d’innovation et de croissance durable.

Est-ce notre choix pour l’Europe ? Si oui, agissons maintenant. 

Le plan de relance industrielle tant attendu et nécessaire, s’il est conçu avec une grande ambition, pourrait accélérer la transformation vers une Europe plus verte, innovante, inclusive et souveraine d’une manière et à une échelle sans précédent. Il pourrait renforcer la résilience économique et industrielle de l’Europe et donner un nouvel élan au marché unique.

Quelles sont les principales prémisses ?

La diversification des chaînes d’approvisionnement grâce à un programme de libre-échange ambitieux et équilibré, garantissant une réciprocité effective pour les marchés publics avec les pays tiers, l’adaptation des règles en matière de concurrence et d’aides d’État, le renforcement de la sélection des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques et l’encouragement de la (re)localisation des investissements en Europe. Le soutien de nos industries, en particulier des PME, et la sauvegarde de l’emploi en Europe doivent être faits de manière cohérente afin de préserver l’intégrité du marché unique. Assurer le retour rapide à un marché intérieur pleinement opérationnel est une condition préalable à une reprise qui, de toute évidence, n’est pas suffisante. Il est temps de démontrer notre volonté politique de faire des choix sur la manière d’approfondir davantage le marché unique au profit des entreprises et des citoyens.

Quel type de marché intérieur, d’investissements et de politiques devrions-nous encourager ? 

Tous les investissements de relance doivent respecter les impératifs du “Green Deal” européen et le principe “ne pas nuire”. En d’autres termes, ils doivent être durables. Protéger l’environnement et la biodiversité. Contribuer à la décarbonisation de l’industrie. Faire progresser la mobilité durable, le déploiement des technologies vertes et la rénovation des bâtiments. Outre les investissements, d’autres mesures politiques et réglementaires pourraient être nécessaires. L’introduction d’un mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone et la révision des règles relatives aux aides d’État pour garantir une politique climatique plus ambitieuse et mieux lutter contre la fuite du carbone devraient être prioritaires.

Nous avons besoin d’un marché intérieur durable. Un marché intérieur qui fait progresser l’économie circulaire et encourage la production et la consommation durables en réduisant l’empreinte écologique et l’utilisation des ressources à travers l’innovation. L’approche pourrait être sectorielle et se concentrer sur les secteurs qui utilisent le plus de ressources et où le potentiel de circularité est élevé, tels que l’électronique et l’informatique, les batteries et les véhicules, les emballages, les plastiques, les textiles, la construction et le bâtiment, l’alimentation, l’eau et les nutriments.

Qu’en est-il de la production durable ?

Les produits durables devraient devenir la norme dans l’UE. Nous devons donc établir des principes de durabilité. Nous devons améliorer la durée de vie, la réutilisabilité, la possibilité de mise à jour et la réparabilité des produits mis sur le marché européen et veiller à ce que leur empreinte écologique soit réduite au minimum. La mobilisation de Fonds européens pour des investissements stratégiques (EFSI) et le programme Horizon Europe sont essentiels pour financer la recherche et le développement de produits innovants et durables. En outre, nous devons nous attaquer à l’obsolescence prématurée des produits (l’interdire). Le chargeur commun pour tous les appareils électroniques grand public devrait devenir une réalité. Nous devons également fixer des objectifs minimaux pour l’utilisation de matériaux recyclés ou biologiques, par exemple dans le secteur de la construction.

Qu’en est-il de la consommation durable ?

Les consommateurs doivent disposer de recours efficaces et facilement applicables qui tiennent compte de l’aspect de la durabilité et donnent la priorité à la réutilisation et à la réparation plutôt qu’à la mise au rebut des produits. Le “droit à la réparation” doit être intégré dans les politiques communautaires en matière de consommation et de production. Les consommateurs doivent disposer d’informations plus fiables sur les produits au point de vente, notamment sur leur durée de vie et leurs autres performances environnementales. Afin de réduire l’écoblanchiment, les déclarations environnementales des entreprises doivent être étayées par des méthodes et des règles plus strictes. L’établissement d’un indice de performance environnementale pour les produits, tenant compte de leur réparabilité, de leur durabilité et de leur recyclabilité, y compris l’emballage, pourrait être utile à cet égard. Des plateformes d’information aux consommateurs pourraient être utiles. Nous devons examiner de près le rôle et la responsabilité des plates-formes en ligne pour ce qui est de fournir aux consommateurs des informations fiables sur la durabilité des produits.

Qu’en est-il des marchés publics durables ?

La transition vers des marchés publics écologiques doit être facilitée. L’introduction de critères écologiques obligatoires pour encourager les gouvernements à acheter des biens et des services ayant un impact moindre sur l’environnement, ainsi que des obligations de rapport obligatoires pour la Commission et les États membres en ce qui concerne les marchés publics durables pourraient être la voie à suivre. Afin de lutter contre l’écoblanchiment, nous pourrions créer un instrument permettant de filtrer les appels d’offres “écologiques” afin de garantir la compatibilité des projets d’infrastructure à grande échelle avec nos engagements en matière de climat. Nous ne devrions pas hésiter à assurer la réciprocité des marchés publics avec les pays tiers et à favoriser les entreprises européennes pour les appels d’offres dans des secteurs stratégiques, tels que la santé, afin de renforcer l’autonomie et la souveraineté européennes.

 

Nous avons la vision. Nous avons la possibilité et la volonté de choisir. Ce dont nous avons besoin, c’est de la volonté politique d’agir. Elle comporte des risques et des coûts, mais ils pourraient être bien moindres que ceux d’une inaction inconfortable. Nous devons agir ensemble maintenant et sortir de l’immobilisme. Les enjeux sont élevés et notre avenir compte.